Les Plumes de Camille Claudel

Les élèves de première L spécialité danse

ICE de François Verret

à L’apostrophe, scène nationale

le mercredi 14 avril 2010

Ice, un souffle de mélancolie. Emportés par les chants frissonnants, les danseurs s’entremêlent dans l’obscurité de la nuit. Des apparitions, des disparitions, du mystère, cette nouvelle création de François Verret nous transporte dans l’Univers de l’inconscient, à la fois poignant et subtil. Une table ronde sur le côté de la scène où sont disposés trois figurines : deux personnages debout, la dernière allongée… Nous sommes en état de questionnement perpétuel.

Dès que le rideau s’ouvre, une vidéo en noir et blanc avec une femme se débattant à l’arrière d’une voiture. Tout au long du spectacle, des scènes rappelant le rapport homme femme, la souffrance. Une narration qui ne nous dit pas tout, pour laisser nos esprits s’activer au gré de notre imagination. Une succession de scènes qui se tissent entre elles, à mesure que l’on progresse dans “l’histoire”. C’est d’ailleurs dans le roman d’Anna Kavan que le chorégraphe a puisé son inspiration. Un spectacle d’une émotion aussi belle que torturée : l’amertume qui nous laisse bouche bée.

Marie PASCO

Ice nous fait ressentir tout au long du spectacle des sentiments de mystère, de froid et d’incertitude. Tous ces sentiments sont provoqués par la douleur que nous transmettent les danseurs, par la salle qui est totalement baignée dans le noir et par le fin rideau qui sépare les spectateurs des danseurs. Tout ceci nous plonge dans une atmosphère à la fois intéressante et glaçante. Le rideau de velours noir joue un rôle important tout au long du spectacle, ainsi que la couleur noire qui apparaît régulièrement : couleur qui peut signifier la mort, la douleur, le désespoir. Le final de ce spectacle est tout aussi intéressant car c’est un final inhabituel. On n’en dira rien de plus, sinon qu’il vous ravira tant il sait laisser le spectateur, justement, sur… sa fin.

Pricilia Koussou

Quand le spectateur pénètre dans le théâtre, la salle s’obscurcit  et fait place à un écran géant faisant défiler un film en noir et blanc, ponctué par un son  éraillé qui devient vite très irritant, à la limite de l’insoutenable. Dès les premières minutes, le spectateur est comme enfermé dans un cocon dont l’ambiance serait indéfinie et angoissante.  ICE, par sa mise en scène torturée, offre aux spectateurs une sensation inexplicable, dérangeante, une incompréhension qui vient en partie des dialogues en anglais monocordes. Par leur  présence, les danseurs apportent une douceur relative : les chants féminins essayent d’atténuer ce sentiment de folie, mais rien n’y fait, l’expression torturée des corps résiste. Le chorégraphe provoque chez le spectateur un questionnement permanent, concernant le sens et l’aboutissement de cette pièce délirante qui glace le sang, jusqu’à l’inconfort tant visuel qu’auditif. « Qu’est ce que c’est ? » « Mais pourquoi ? » le spectateur se pose  des questions, il entre dans un délire, comme cette œuvre chorégraphique.  Nous nous trouvons dans un  monde noir irréel, non rassurant, sans réponse. Quand on voit ce spectacle, on imagine la vie du chorégraphe une vie remplie de folie, un questionnement perpétuel, sans réponse, il tourne en rond, il sombre comme dans ICE. Tout ce spectacle repose sur l’incompréhension, sur la folie. C’est à la fin du spectacle, que l’on se rend compte que cette œuvre chorégraphique a été tirée d’une histoire d’Anna KAVAN, une écrivaine anglaise dont la vie fut très perturbée, entraînée dans la consommation de drogues dures. Le chorégraphe essaie de nous faire comprendre le malaise qu’elle a vécu, avec des effets sonores très dérangeants qui nous surprennent, des bruits assourdissants  (bouchons d’oreilles recommandés !) Même si ce spectacle plait ou déplait,  il ne laisse pas le spectateur  indifférent, car son aspect noir glacial, dérangeant à l’extrême provoque un malaise de 1h20. On ne peut que se souvenir d’ICE comme une d’une brûlure de glace.

Florianne Dronneau

C’est grâce à un roman d’Anna Kavan ( lui-même intitulé Ice), que François Verret nous montre, à travers une moustiquaire, une heure et demie de scènes aussi éblouissantes que glaçantes. Chants, musique et danse nous enivrent et nous donnent des frissons tout au long du spectacle. Pour ce qui est de la danse, la gestuelle utilisée est fluide, magnifique. L’univers sonore, quant à lui, nous submerge d’émotions. Tout en étant bien au chaud dans son fauteuil, on est ému tant par la beauté de cette œuvre que du fait qu’elle nous glace. Nos esprits restent captivés par Ice bien après la fin de la représentation. Ce monde glacial – mais si réel – n’a jamais été aussi beau qu’interprété par François Verret.

Lucille Boulesteix

LE FESTIN de Claude Brumachon

CCN de Nantes

au Centre Culturel de Jouy le Moutier

du 9 au 11 avril 2010

Attention Les Yeux !!

Le spectacle qui nous est proposé par le chorégraphe Claude Brumachon, porte bien son nom, le Festin. Les femmes mises quasiment à nu, autant que les hommes, se donnent comme des morceaux de viande, se jettent sur les tables violemment, des tables mises en cercle autour desquelles les spectateurs sont assis sur des trônes, comme les convives du « Festin ». Des danseurs qui sont tactiles, expressifs, violents, bestiaux, animaux, sauvages, brutaux, provoquent le spectateur, le prennent à témoin, l’incluent dans le spectacle et, sans pudeur, se mordent la chair les uns des autres. Le Festin est à multiple reprises symbolisé, par les fourchettes et les femmes portées sur des plateaux comme des mets à déguster. La couleur rouge dominant le spectacle, symbole de l’énergie, du feu, du sang et de la mort, renforce le thème.

Tout nous laisse prendre part à une animalité humaine, un rapport à la société actuelle est mis à nu. Le spectateur se retrouve confronté à lui-même et à son animalité propre, par un rapport direct avec le danseur, exposé sous ses yeux. Il y voit la sueur, la chair et des danseurs à deux doigts de le toucher. Il est aussi pris à partie par des regards gênants, un malaise qui nous met finalement en appétit d’en avoir toujours plus. Une concentration extrême et permanente des danseurs, qui sont remplis d’une énergie bouillante. Une animalité finalement en recherche de tendresse, par une sensualité exprimée entre les hommes et les femmes.

C’est ici une œuvre chorégraphique imprégnée d’une forte présence animale, représentant une société qui cherche à évoluer par une volonté de tendresse et un rapport direct au spectateur qui est finalement le spectateur de son propre comportement. C’est une œuvre qui ne vous laissera pas indifférents !

Audrey DEVAUX

Une fois dans le théâtre, les spectateurs découvrent des tables disposées sur tout le pourtour de la scène rectangulaire afin qu’ils puissent s’y attabler. Aux quatre coins de la scène sont disposées des plumes rouges qui attirent l’œil. Les lumières s’éteignent, le repas  peut commencer. Les danseurs arrivent. Des duos se mettent en place devant le public. Un danseur mange, l’autre est mangé. Le spectateur  mal à l’aise  ne peut que dévorer cette scène des yeux.

Les 18 danseurs que met en scène le chorégraphe Claude Brumachon, à la tête du centre chorégraphique de Nantes, exécutent une danse violente que le chorégraphe qualifierait plutôt de sauvage. Les corps transpirent, se percutent, tombent, se projettent brutalement, en montrant le désir, les pulsions, l’instinct animal que l’homme a en lui. Des corps constamment sous tension libérant une énergie incroyable et qui n’accordent aucun répit, ni aux danseurs ni aux spectateurs. Les danseurs évoluent dans tout l’espace que ce soit sur le plateau, sous ou sur les tables, parfois si proche du spectateur que celui-ci peut le toucher, voit la transpiration. Chaque détail des corps est visible.   Les spectateurs, en position d’ogres voyeurs se nourrissant visuellement des danseurs qu’on lui sert sur un plateau, participent à cette dénonciation de la société de consommation qui mange tout sur son passage. Cette métaphore est le fil conducteur du spectacle et incite le spectateur à réfléchir sur lui-même et sur son mode de vie. Ce spectacle est basé sur les relations entre danseurs et spectateurs, un lien qui peut s’avérer gênant ou déstabilisant dans un premier temps, mais qui reste dans tous les cas une expérience originale et intéressante.    Un spectacle à déguster sans modération, bouleversant voire choquant, certes, mais… un vrai régal !

Mannaïg Queguinner

Les élèves de terminale L spécialité danse

ICE, UN SPECTACLE A VOUS GLACER LE SANG

François Verret nous invite à nous asseoir dans une salle plongée dans le noir, le public et les danseurs sont séparés par une moustiquaire qui nous rend déjà moins proches de l’artiste sur scène. 7 artistes sont sur scène, partagés entre Danse, Théâtre et Chant. L’histoire de la pièce est reprise d’un roman d’Anna Kavan. Histoire de meurtre?! Histoire d’amour qui finit mal?! Très difficile à expliquer car la pièce est en Anglais, ce qui ajoute un autre mur entre le public et les artistes: l’Incompréhension. En effet, certains spectateurs se sont sentis désarçonnés car ils ne comprenaient pas ce que les chanteurs disaient. C’est à ce moment là que le spectateur choisit de mettre une barrière entre lui et le spectacle ou de s’ouvrir et se laisser charmer par le mystère de la pièce…

Par contre, ce qui est tout à fait apparent dans la pièce est le thème: la douleur, pièce maîtresse du spectacle. On la voit partout, on l’entend partout, elle nous rend mal à l’aise ou pas… Dans tous les cas elle est plus que présente, elle fait partie intégrante de la pièce. La chanteuse nous montre mais nous fait entendre sa Douleur; elle est complètement torturée, elle chante très fort, son visage est déformé par la douleur… Bien heureusement certains moments étaient là pour « détendre » l’atmosphère, tels que le jeu de séduction entre une danseuse et un danseur de la troupe, ce duo était intense, les deux danseurs étaient totalement ancrés dans leur personnage mais cela avait l’air tout de même assez malsain, c’était à la fois séduction mais rejet, ils passaient de regards sensuels à des coups … ICE nous a donné des sueurs froides…

Sarah Bensaïd

LE FESTIN

Claude Brumachon met en scène un spectacle qui regorge de surprises. Du jamais vu ! Comme son titre l’indique, il nous présente un festin animal et surprenant. Présenté au centre culturel de Jouy le Moutier le vendredi 9 avril, il met en place une scénographie particulière. En effet l’espace scénique est délimité par des tables autour desquelles on installe un spectateur ébahi, doutant de la présence des danseurs sur les tables, se demandant d’où, de quelle manière vont ils arriver et à quoi servent ces quatre grandes robes suspendues aux extrémités de chaque coin du carré des tables….

L’immense buffet s’accompagne de plumes, de couteaux, fourchettes et plateaux. Sur ces plateaux, les danseuses mises à nu sont le plat du jour. La chair humaine nous est représentée dans toute sa splendeur, le corps charnel humain dans toute son intimité et sa sueur nous fouette le visage. Le souffle coupé, nous assistons à une expérience unique : nous nous confrontons à l’autre. L’autre corps qui viole notre espace vital et personnel sans que nous l’ayons demandé. Ce corps auquel nous n’accordons pas assez d’importance nous apparaît d’un coup extrêmement impressionnant. A tel point que ce n’est plus un corps, il devient objet, objet de la danse dans toute sa force et sa violence ; toutes les pulsions qu’il contient semblent ressortir dans une gestuelle à la fois précise et touchante.

Outre l’ardeur, la vigueur et la puissance des corps fermes, le public s’en prend également plein la vue dans le sens où le spectacle lui est unique et propre à lui-même. En effet les spectateurs étant chacun devant leur table respective, aucun ne voit le même spectacle , ce qui apporte une richesse supplémentaire à l’œuvre de Brumachon. Une fois placé, il ne peut échapper à rien ; il est soumis à cette danse déterminée et imposante. Mais qui dit imposante ne dit pas étouffante. Brumachon fait naître en nous une gêne qui porte ses fruits et qui nous met l’eau à la bouche ; une envie que ces danseurs acharnés ne s’arrêtent jamais et nous embarquent dans leur aventure animalière. Une envie même de monter sur les tables avec eux afin de goûter au festin. Ce festin nous est clairement illustré par les accessoires, mais aussi par une odeur épicée qui nous met dans l’ambiance d’un repas. Brumachon ne fait pas les choses à moitié. On assiste à une véritable impression : un buffet nous attend mais pas celui auquel on s’attendait. A goûter absolument !

Myriam Dussart

C’est le vendredi 9 avril au centre culturel de Jouy le Moutier que s’est tenu le grand Festin humain de Claude Brumachon.

A 21h, le public s’attable avec appétit au devant de la scène carrée, dans un mélange d’envie et d’appréhension. C’est armés de fourchettes que les danseurs nous convient à un repas tout particulier.
Ils sont dix-sept : dix-sept corps, nus ou vêtus d’une simple étoffe d’un rouge criard, jetés en pâture sous nos yeux, dansant avec une sensualité agressive leur faim de chair humaine. Par couples, trios, quatuor, ou rassemblés en une sorte d’amas s’élevant vers le ciel, ils se dévorent comme ils pourraient s’embrasser, animés d’un désir féroce. La tension est palpable : la sueur, le souffle, le martèlement de la peau sur le bois des tables toutes proches, tout les goûts semblent à portée de bouche et suscitent une fascination presque mystique.
Pourtant, au fil de la pièce, cette contemplation se  mue en déception par des effets d’une autre réalité : de grands manteaux de fourrure sombre, des plumes rouges, des rugissements de lion… Tout autant de symboles de domination superflus qui, au lieu de renforcer la sublimation des corps, les ramènent brutalement à la réalité par effet de redondance. L’évoqué devient clairement explicite, et le regard captivé du spectateur n’est plus que passif.
Au sortir de ce Festin, le souvenir amer de ces grands effets de style prend le pas sur la saveur des mouvements purs, mélange de volupté et de brutalité caressante, dont on regrette qu’ils n’aient duré plus longtemps. On reste sur sa faim.

Anna Veliz

Un festin de fauves ?

Un spectacle fulgurant, qui promet de donner de l’appétit, ou pas. L’originalité  de la mise en scène, un tour de table délimitant l’espace des danseurs, des spectateurs au plus près de l’action, voilà ce que nous offre le  festin. Un autre regard et une autre approche nous sont volontairement proposés : chaque spectateur reçoit la représentation de manière différente selon son placement puisque les danseurs s’approchent au plus près d’eux, réduisant alors leur champ de vision sur le reste. L’énergie impressionnante reste en totale adéquation avec la technique de Brumachon. Une brutalité et une force animales animent l’oeuvre du début à la fin. Les corps se projettent avec ardeur sur les tables, semblables à des bêtes en furie : le buffet est ouvert. La chair humaine est représentée telle un morceau de choix ; le corps n’est plus que pulsions, les sentiments n’existent plus.

La gestuelle assez charnelle pourrait en mettre plus d’un mal à l’aise. Malgré cela, les danseurs dégagent unetelle puissance que l’on n’en reste pas moins stupéfait. Leur folie s’accentue dans leurs contacts à la fois crus mais relevant de la délicatesse. Cependant, ils peuvent être trop violents et cela nous plonge dans une atmosphère dérangeante. Cela peut sembler surjoué, on peut éprouver dégoût ou refus de ces scènes dévorantes. Cependant, c’est une œuvre très originale et singulière, extraordinairement exploitée corporellement, qu’il ne faut rater en aucun cas.

Amélie Fauché

Un dîner dansé

Venez vous attabler aux côtés de Claude Brumachon et de ses 18 interprètes dans un Festin qui n’a rien d’un dîner traditionnel.

Dès le début nous sommes plongés dans l’univers d’un festin, un rectangle formé des tables. Nous entrons dans une pièce sombre où nous sommes placés tout autour, face à ces tables, sur des chaises ou des bancs. Nous comprenons que le grand espace laisser à l’intérieur des tables sera la scène : de quoi troubler notre vision. Après l’odeur qui nous enivre et les couverts qui nous sont montrés, la gestuelle elle aussi nous est posée comme pour un repas.

Claude Brumachon cherche à montrer le corps à l’état pur, ce qui pourrait expliquer le vide de l’espace scénique, avec un décor qui se transforme, les tables prennent une autre forme, elles se « déstructurent » avec des trous et des côtés face rouges qui s’éparpillent sur la scène. Comment le corps du danseur peut-il devenir un aliment ? Les danseurs sont ici des matières, ils sont montrés au plus près du spectateur et parfois dénudés. Le corps est dévoilé avec des costumes minimalistes et rouges comme le sang. Le corps est aussi torturé, travaillé sous plusieurs angles. Les danseurs se frappent, se lèchent avec une intention dévorante. Les danseurs nous font voir un état de corps, une concentration infaillible. Placés au plus près du spectateur, la relation avec celui-ci est donc plus intense. Ce spectateur perçoit tout, ce qui lui est caché en général lui est ici dévoilé, ce qu’il n’a pas l’habitude de voir lui est présenté sur une table. Les regards furtifs, les respirations haletantes ou encore les tremblements, rien ne lui échappe. Pour ce chorégraphe, l’œil du spectateur est important. Il est effectivement varié, il scrute les corps, trouve du sens où il n’y en avait pas et s’attache à des détails qui le touchent ou le choquent. Claude Brumachon signe une fois de plus avec son fidèle collaborateur Benjamin Lamarche une pièce au cœur de la matière, avec une science des groupes et un engagement physique intense.

Priscilla Grès


Retrouvez les textes des autres spectacles de danse (hors Escales) dans le coin des élèves de Camille Claudel

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